Une interview de Mustafina datant d'environ un mois, après sa consécration en tant que sportive russe de l'année 2012 :
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Cette année dernière a plus que récompensé Aliya pour tout ce qu'elle a enduré jusqu'aux Jeux Olympiques à Londres - une sérieuse blessure, une opération et une longue convalescence. Sans surprise, Aliya a été nommée sportive de l'année 2012 lors d'une soirée post-olympique au Kremlin. Novaya Gazeta a interviewé la championne :
NG : Aliya, à Londres, au sujet de la signification de votre victoire, vous avez répondu que votre plus grande victoire est encore à venir.
AM : Je suis simplement une sportive, une personne normale. Dans le monde réel, je ne suis personne. En gymnastique, oui je suis championne olympique, mais dans la vie de tous les jours je suis une autre personne, par exemple à l'école.
NG : Vous étudiez le sport ?
AM : Non, je suis à l'institut Gubkin du pétrole et du gaz, dans la section économie et gestion. J'ai toujours aimé les sciences exactes. A l'école, la physique et les maths ont toujours été mes matières préférées. Elles me semblent faciles, probablement parce qu'elles m'intéressent. Certains disent que la physique ce n'est pas intéressant. Mais est-ce qu'il n'est pas intéressant par exemple de comprendre comment fonctionnent les lois de la nature ?
NG : Votre mère est professeur de physique. Peut-être que c'est dans vos gènes ?
AM : Peut-être. On n'a pas encore commencé à étudier la physique à mon niveau d'étude, mais ma mère me lit déjà des livres spécialisés sur le sujet.
NG : Les filles de l'équipe disent que vous pouvez calculer tous les résultats des compétitions de tête. Est-ce vrai ?
AM : Et bien pas exactement. Katya Kurbatova était également dans l'équipe qui a gagné les Championnats du Monde, et elle est également excellente en maths.
NG : Aliya, admettez-le, vous avez plus pleuré cette année que durant toute votre vie avant cela !
AM : Plus maintenant.
NG : La convalescence après la blessure a pris presque une année entière ?
AM : Oui, et elle m'a vraiment mise à l'épreuve. Elle m'a changée, à l'extérieur et à l'intérieur. J'ai saisi l'occasion et j'ai commencé à travailler d'une manière différente à tous les agrès. L'ancienne Aliya était comme une enfant. Après la blessure je suis devenue une adulte.
NG : C'est ça la gymnastique...
AM : Et c'est ça aussi la vie. J'ai réalisé qu'à cause de mes objectifs je n'avais pas le droit d'abandonner, quelle que soit la difficulté. L'objectif était d'aller aux Jeux Olympiques. Et pas seulement d'y aller, mais également d'aider l'équipe à gagner une médaille. Ensuite seulement les larmes peuvent couler.
AG : D'une manière générale, dites-nous comment ça se passe pour vous en compétition.
AM : J'essaye toujours de ne pas trop penser, le principal est de faire son boulot. La somme de nos performances individuelles, ce sera le résultat final. Je l'ai compris quand on a gagné les Championnats du Monde. On a senti qu'on pouvait battre n'importe qui. Cet enthousiasme est resté, et je ne voulais pas m'arrêter là.
Lorsque je me remettais de l'opération, j'ai regardé toutes les compétitions. Je n'ai pas paniqué. Il n'y en avait aucune qui faisait quelque chose que je ne pouvais pas battre. Bien sûr les responsabilités des Jeux étaient plus importantes que pour les autres rencontres. Les Jeux ce n'est pas tous les jours, et tout le monde n'a pas la chance d'y participer.
Je ne peux pas dire que cette responsabilité m'ait été donnée à la légère. Dans ma tête, je me suis dit de simplement faire mon boulot, et c'est tout. J'ai travaillé pendant 12 ans pour m'aligner à ces jeux. Six mois avant les Jeux, j'étais toujours loin d'avoir une forme olympique. C'était difficile de me forcer à travailler dur, et le doute me travaillait en permanence.
AG : Est-ce que parfois c'était tellement dur que vous pensiez ne pas y arriver ?
AM : Oui. Parfois c'était comme si je ne pouvais rien faire de plus. Comme si je voulais abandonner. Mais de telles pensées arrivaient vite et s'évanouissaient tout aussi vite. J'avais compris que je devais souffrir pour aller aux Jeux. Que lorsque j'y serai, les choses seraient plus faciles.
AG : Est-ce que votre famille vous a soutenue ?
AM : Nous sommes une famille normale et nous ne vénérons pas le sport. Mais il est évident pour nous que le sport est important dans la vie -mon père a été médaillé de bronze aux JO de 1976 en lutte gréco-romaine- mais il ne m'a pas imposé ses objectifs. Simplement, parfois lorsque j'étais petite il me disait "Allez Aliya, tu dois travailler dur pour devenir championne du monde".
Mais je ne sais pas vraiment s'il le disait comme ça ou s'il le pensait vraiment. Maman et papa s'asseyaient pendant des heures dans le gymnase, comme beaucoup de parents lorsque leurs enfants commencent la gymnastique. Mes parents savaient qu'avec le sport je pouvais apprendre toutes les difficultés de la vie. Ils respectent mes décisions. Même si je voulais arrêter la gymnastique, il savent qu'il serait inutile d'essayer de m'en dissuader.
AG : C'est génial d'être capitaine d'équipe, mais cela implique également des obligations. Les filles de l'équipe sont comme une famille. Qu'est-ce qui a changé ?
AM : Je n'y pense pas. Une chef est quelqu'un qui concourt bien à chaque compétition. Mais lorsqu'on s'entraîne, on est toutes à égalité. Je n'ai pas la grosse tête. Lorsque je suis devenue championne du monde il y a 2 ans, je me demandais si cela me changerait. Ca n'a pas été le cas.
Réussir un exploit planétaire n'a rien changé. Ma fierté vient de mon âme, de l'intérieur de moi-même. Je me dis "voici l'agrès, maintenant fais ton travail".
Je suis devenue championne olympique, j'ai réalisé mon rêve, bon travail, mais pourquoi cela me changerait-il ? Je n'ai pas besoin d'avoir des amis différents avant et après les Jeux. Ceux qui m'ont soutenue avant sont toujours là, ils n'ont pas l'air malheureux.
AG : Et bien, toujours la même Aliya, championne olympique, est-ce que vous êtes née comme ça ou bien avez-vous travaillé pour le devenir ?
AM : Beaucoup d'ambition et de travail m'ont amenée là. Comment peut-on devenir championne olympique en restant assis sans rien faire ?
AG : On dit souvent que les champions ont un caractère d'acier.
AM: Et bien oui. Je me transforme en un poing d'acier, et je matche de cette manière, comme je l'ai fait à Rotterdam et à Londres aux barres.
AG : Vous semblez plutôt calme, une personne réservée.
AM : Et bien c'est juste une impression (rires). Suis-je sociable ? Probablement. Plutôt oui que non. Mais j'aime sortir avec mes amis et m'amuser et être le centre d'attention. Mais je n'aime pas vraiment me trouver dans une grosse foule.
AG : Allez-vous repartir pour un nouveau cycle olympique ?
AM : J'en ai vraiment envie. Je vais essayer, sans aucun doute...